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Vous allez me dire que bien recruter, à la limite, ce n'est pas ce qu'on attend en premier lieu d'un entraineur, et vous n'aurez pas tout à fait tord (encore que quand le responsable du recrutement s'appelle Pavon, j'aime autant que l'entraineur garde un œil dessus), donc chaussez vos crampons et rendez-vous sur le terrain : tactique, projet de jeu, gestion des joueurs, voilà de quoi il sera question ici.
Le terrain :
Je commencerais par une citation, parce que ça fait toujours bien de commencer par un citation. Par contre pas de Voltaire ou Platon, mais du Mathieu Chalmé. En fait je dois avouer que ça n'est même pas une vraie citation, mais en fouillant un peu dans ses nombreuses et toujours pertinentes interviews d'après match - je tiens d'ailleurs à lui rendre ici un hommage appuyé pour son apport à la pensée footballistique - vous devriez trouver ça. "Ce soir, on a produit du jeu, le contenu a été intéressant". A comparer avec les "on était bien en place, on a bien respecté les consignes du coach" de sa priode puelo-lilloise. Derrière le discours convenu du footballeur qui a bien retenu ses leçons de com', on notera quand même la différence. Un gouffre, en fait (et non pas un Gouffran fait). Blanc, aux côtés des Gerets, Gourcuff-père et autres nouveaux apôtres de jeu, est en train de révolutionner le football français. Depuis quelques années (oserais-je dater ça de la victoire à la CdM 98 et remercier Jacquet ?), la L1 était en train de supplanter le calcio en tant que symbole du football défensif - d'aucuns diront chiant, d'autres diront tactique. Sous l'influence des Puel, Lacombe, Perrin et autre Ricardo, le seul modèle de réussite était devenu "on bétonne derrière et on se projette vite vers l'avant". Je caricature un peu, mais l'idée est là quand même. Le foot moderne parait-il ... En réalité idéal pour tirer le meilleur de clubs "limités" (sans mépris aucun) comme Lille, Sochaux ou Toulouse, ou pour remettre les gros clubs sur les rails après une saison traumatisante (Vahid à Paris, Perrin à Marseille ou Ricardo à Bordeaux), mais inefficace pour perdurer au plus haut niveau, sans même parler d'oser espérer envisager un jour de peut-être aller tenter de concurrencer Lyon. Je m'écarte un peu de Bordeaux, mais c'est juste pour pointer l'apport de Blanc aux girondins, mais aussi au football français en général.
Revenons en au principal, ou en tout cas à ce qui nous concerne ici, le jeu des bordelais. A mon grand désespoir, je ne vais pas pouvoir vous parler de la "tactique Blanc", puisqu'elle n'existe pas. 4-4-2 "à plat", 4-4-2 "losange", 4-3-3, 4-5-1, à peu près toutes les tactiques utilisées dans le football actuel ont été essayées par Blanc depuis son arrivée. Tâtonnement dirons certains, moi je dirais plutôt adaptation - adaptation à l'adversaire, aux joueurs à sa disposition, à la forme de ces joueurs. Mais en fait ça n'a que peu d'importance, car l'invariant de Blanc, c'est le jeu pratiqué plutôt que le positionnement des joueurs - on reconnaitra d'ailleurs l'influence Ferguson, mentor revendiqué. Ce jeu donc, sur quoi repose-t-il ? Un jeu court, toujours, partant de derrière. Un jeu lent, histoire d'imposer son rythme et d'avoir le contrôle du match. Un jeu dans es intervalles, parce qu'un jeu lent et court devient vite stéréotypé et latéral si l'on ne parvient pas à trouver les joueurs entre les lignes (jurisprudence Pavon avec son milieu Riera-Meriem-Francia, le plus technique et le plus inefficace de ces 10 dernières années). Un jeu plutôt axial, qui se finit éventuellement dans les couloirs laissés libres pour les latéraux. Et puis bien sûr, de l'ambition : des latéraux à qui l'on demande de participer, des défenseurs centraux qui ont le droit de monter (celles de Diawara, si elles n'ont pas encore été décisives, permettent souvent de créer du danger quand l'équipe adverse est bien en place), des changements qui n'interviennent pas systématiquement dans les dix dernières minutes (même si bien entendu c'est possible parce que le banc est de qualité, ce qui n'a pas toujours été le cas à Bordeaux) et qui ne se résument pas à du poste pour poste (il n'est pas rare que des défenseurs laissent leur place à des attaquants) - d'ailleurs le match de dimanche tombe à pic pour illustrer le coaching ambitieux et osé de Blanc. Bien entendu tout ça n'est pas grand chose face aux résultats, mais il faut bien avouer que c'est rafraichissant de voir le jeu pratiqué ces deux dernières saisons, et Bordeaux est certainement l'équipe qui pratique le football le plus séduisant en France.
Voilà pour la partie purement du jeu, mais je voulais aussi revenir un peu sur la gestion des joueurs, puisque c'est peut-être plus là-dessus que Blanc est critiqué. Difficile pourtant de lui adresser les reproches les plus courants : il n'y a pas d'intouchables dans l'équipe (Planus, Fernando, Wendel, Micoud, Gouffran ou Cavenaghi peuvent en témoigner), les jeunes ont leur chance (Tremoulinas, Ducasse, Traoré ou Obertan ont du temps de jeu en rapport avec ce qu'ils apportent), tout le monde est concerné ... C'est d'ailleurs sur ce dernier point que je veux insister, parce que ce qui revient souvent c'est "Chamakh et Cavenaghi sont les deux meilleurs attaquants et sont complémentaires, pourquoi ne sont-ils pas alignés ensemble systématiquement ?". Les supporters ont souvent du mal à comprendre (ou plutôt ne veulent pas comprendre, ça les empêcherait de pouvoir taper sur le coach) qu'avoir un banc fourni et performant nécessite un turn-over (ou beaucoup d'argent pour rendre le banc plus confortable et étouffer les vélléités de dpart des remplaçants). Ils voudraient que l'entraineur fasse jouer son équipe-type à tous les matchs et que les remplaçants soient capables, en cas de blessure, de remplacer le titulaire au pied levé sans que le niveau de l'équipe s'en ressente. Mais pensez-vous sérieusement qu'un Bellion accepterait de ne jouer qu'une dizaine de matchs par saison ? Nous avons la chance, au milieu et en attaque, d'avoir plus d'une dizaine de joueurs niveau L1 ou plus (Diarra, Ducasse, Fernando, Gourcuff, Traoré, Wendel, Bellion, Cavenaghi, Chamakh, Gouffran, Jussiê et Obertan), pour six places, donc les rotations sont inévitables pour garder tout ce petit monde concerné. In fine, le seul cas un peu délicat, c'est Cavenaghi, déçu, légitimement peut-être, de ne pas avoir joué en LdC. Mais cela résultait d'un choix purement tactique (que pour ma part je continue à estimer être le bon, même si je sais que beaucoup pensent le contraire), et à côté de ça il est le joueur qui a été le plus titularisé en championnat (avec Gourcuff et Diawara), donc on ne peut pas dire que Blanc "ne l'aime pas". Ca risque de faire partir Cavenaghi ? Peut-être, mais depuis quand les caprices des joueurs passent avant les choix de l'entraineur ? J'ose espérer que cette histoire n'est que manipulation médiatique et que Cavenaghi continuera à apporter tout ce qu'il apporte à Bordeaux, parce que je doute réellement qu'il ait l'opportunité de trouver sportivement mieux ailleurs, en tout cas pour le moment (désolé pour le petit aparté). En football, le seul appareil de mesure des bons choix d'un entraineur est le résultat - et c'est d'ailleurs un peu absurde - mais si l'on essaie par un exercice de contorsionemment intellectuel de mettre de côté les résultats (encore que, en l'occurrence les résultats donnent aussi raison à Blanc, mais j'y reviendrais plus tard), le bilan de Blanc sur le plan du jeu est à mon avis excellent. Le retour à un championnat disputé devant, n'est pour moi pas une coïncidence, et le changement des mentalité et des principes de jeu, qui je l'espère va continuer, est dû principalement au travail de Blanc et de Gerets, qui montrent qu'il est possible de réussir autrement qu'en basant tout son jeu sur la défense.
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