Lettre à mon actionnaire.
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Écrit par ebola   
J’ai longtemps attendu, patiemment, gentiment, bien sage supporter bordelais, qui, comme vous savez, n’a pas la passion des autres supporters des grands clubs français (dois-je vraiment rappeler le nom de l’auteur de ces propos (indice : RMC info, avant match d’un Bordeaux – PSV Eindhoven alors que le stade ne serait pas plein)). Mais ne nous écartons pas du thème principal de cette lettre : la gestion et l’anticipation.

Un beau soir de 1999, une belle nuit devrais-je dire puisqu’il est déjà 2-3h du matin, les 35 000 peu passionnés supporters des Girondins garnissent Lescure (pour info, Lescure est le stade que vous nommez Chaban Delmas) et attendent leurs joueurs pour célébrer le 5e titre national du club. Depuis quelques temps, il est connu que ce club, qui vient enfin de retrouver un lustre perdu après des règlements de comptes administrativo-politico-judiciaires va changer de propriétaire : le groupe M6, la chaine 0% football en 1998, décide de s’investir « à fond » dans le football, sans doute un choix dicté par la passion (les amateurs de sarcasmes seraient les premiers à évoquer un effet 12 juillet 1998, mais je n’entrerais pas dans ce petit jeu).

Premiers actes, premières erreurs. Si le départ du meneur de jeu de l’époque (élu le meilleur de l’hexagone) semblait uniquement la volonté du joueur, on pourrait penser que rien n’a été fait pour le retenir, la première action sera de ne surtout pas toucher au groupe champion et surtout, de ne rien changer. Or, on le sait tous, et pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de ce sport, il suffit de regarder l’Olympique Lyonnais des années 2000, le plus dur est de confirmer et surtout, il ne faut jamais rester sur l’acquis et constamment penser à injecter de nouveaux joueurs dans un effectif, tout champion qu’il eut été. Le nouvel entraîneur de l’OM, bien que champion du monde de la langue de bois, le rappelait avant de faire son ménage : chaque saison, tous les grands clubs renouvellent 30% de leur 11 de départ (pour les cancres du fond de classe : soit environ 3-4 nouveaux joueurs). Pour cela il faut les moyens, c’est sur, mais ce qu’il faut lire, c’est que pour qu’un groupe continue de progresser, il est essentiel d’apporter du sang neuf et de qualité au moins équivalente. Cela n’a pas été fait à l’époque. S’en sont suivis 10 années de lutte pour tenter de revenir au sommet (alors que nous y étions). 10 ans plus tard, nous sommes de nouveau champions : pour vous, l’aboutissement de votre politique sage et raisonnée, pour nous un simple retour à la case départ, à l’état dans lequel vous avez pris ce club et donc, 10 ans de perdus. Pendant 10 ans, M6 aura investi pour tenter une reconstruction et combler la fuite (non prévue ?) de l’année 2000 avant de modifier sa politique en misant sur la gestion et la capitalisation du centre de formation (contrainte économique me direz-vous, manque d'ambition vous répondrai-je).

Après la fête qui agita les peu passionnés supporters que je (nous) suis (sommes) vient le temps de la confirmation et donc, pour reprendre l’adage précédent, l'amélioration  d’un effectif.

Deux contraintes : conserver les meilleurs éléments et renforcer les postes plus faibles (il en existe toujours) car forcément, la saison qui approche sera plus dure. Qu’en est-il au 21 juillet, à 15 jours de la reprise officielle du championnat. Des joueurs ont affirmé leur volonté de départ : Fernando, Chamakh et Diawarra pour les citer. Si le dernier a trouvé son véritable club de cœur (sic), pour les deux autres, tout le monde attend. Mais attend quoi ? Soit le club compte sur eux et dans ce cas, leur volonté de départ nous importe peu, soit on ne les empêche pas de partir et dans ce cas, on boucle rapidement les dossiers de leurs remplaçants. Car s’il est une vérité en football, à moins de disposer de moyens colossaux, plus le temps avance, plus les meilleurs joueurs sont inaccessibles (financièrement parlant bien sur). Restent les second choix (la grande spécialité bordelaise me direz-vous - flairer la bonne affaire). C’est aussi une question de cohérence : si les joueurs veulent partir,  si on considère qu’on ne pourra les retenir (pour reprendre les propos du coach concernant Chamakh), pourquoi s’obstiner à les aligner ? Pourquoi continuer à établir des schémas tactiques déjà utilisés l’an passé avec des joueurs qui pourraient bien nous lâcher d’ici quelques semaines ? J’ai pour mémoire la gestion d’un cas similaire en 2000 : Hervé Alicarte souhaitait quitter le club. L’entraîneur de l’époque avait alors choisi de l’écarter du groupe des titulaires et avait recruté son remplaçant alors qu’il n’était pas encore parti. Bien que radical, ce choix était plus cohérent. On ne construit pas une équipe (encore plus lorsqu’elle va devoir défendre un titre, passer un tour de ligue des champions) avec des joueurs qui ne sont pas mentalement à 100% projetés dans la prochaine saison. Si on revient sur le thème de ce paragraphe (conserver les joueurs), si un effort a été fait pour Gourcuff et Diarra, on note que Diawarra, Fernando et Chamakh nous ont déjà ou devraient nous quitter. Si tel était le cas, cela ferait 3 des 7 joueurs les plus utilisés l’an passé…

Autre point : le renforcement des lignes. Plusieurs aspects faisaient l’unanimité des suiveurs (je n’oserai employer le terme de connaisseur par peur de vexer). Bien que champions, les Girondins manquaient d’une réelle profondeur de banc (par pitié ne me sortez pas la carte "centre de formation de qualité, regarde Sertic"), avaient un déficit sur le côté droit (le départ non compensé d’Alonso), devaient trouver un gardien de stature internationale et renforcer leur axe central (question encore plus d’actualité). Cela parait important, surtout pour une équipe championne de France, mais, comme je l’évoquais précédemment, chaque saison possède sa vérité et, pour rester au moins au même niveau de compétitivité, il est essentiel de faire évoluer un groupe par l’apport de joueurs de niveau supérieur. Au risque de me répéter, l’Olympique lyonnais l’a bien montré pendant votre décennie de règne au château. Au 21 juillet, quel bilan ? Le couloir droit semble assigné à Plasil, soit, c’est un bon choix. Le gardien a été trouvé mais ni le banc n’a été renforcé, ni le défenseur central (les défenseurs centraux devrais-je écrire). Une fois de plus qu’attend-on ? La saison qui s’annonce sera la plus difficile de l’ère Laurent Blanc. Nous ne sommes pas dupes, nous savons que ce sera également la dernière de ce cycle. Ne pas commencer à renouveler un effectif aujourd’hui, c’est repousser le délai et s’exposer à une vague importante de départ (d’autant qu’on le sait tous, la durée de vie moyenne d’un joueur professionnel dans un club est de 2-3 ans). Si aucune arrivée n’est concrétisée en prévision des prochains départs de Cavenaghi – Wendel – Diarra – Gourcuff – Fernando et Chamakh (si ces derniers font la saison avec nous), dans quel état sera le club en juillet 2010 ? Quels objectifs ? Doit-on d'ores et déjà se mettre dans l’idée que 2010 sera le bis repetita de l’année 2000 avec sa vague massive de départs de joueurs cadre et donc, le retour en position zéro ? Observez ce qui se fait autour. Observer les politiques des clubs champions partout en Europe. Tous on déjà commencé à renouveler leur effectif tout en conservant les bases de l’an passé. C’est cette capacité d’anticipation qui fit défaut il y a 10 ans et qui peut même être considéré comme une marque de fabrique. Comme il y a dix ans, les mêmes erreurs sont commises aujourd’hui. Défense centrale non renouvelée, départs non compensés, arrivées supplémentaires inexistantes : il semble que l’histoire récente nous vous parle pas (sans doute votre façon de donner raison à Huxley). Même si les bordelais sont des supporters peu passionnés (voire peu connaisseurs comme l’affirma le bénévole du château), ils n’apprécieraient guère devoir revivre un nouveau cycle de redémarrage alors que le club est aujourd’hui proche du sommet. 2 fois en 10 ans, cela ferait beaucoup et prouverait surtout votre incapacité à comprendre le monde du foot.

Cette lettre n’est qu’une vision instantanée des pensées d’un supporter des Girondins un soir de juillet. Elle ne demande qu’à être balayée dans les jours qui viennent tout en sachant que jamais ce supporter ne demandera à son cher actionnaire principal de dépenser à outrance comme peuvent le faire d’autres clubs (sans forcément les résultats en retour). Je sais bien qu’en football, tout est une question de moyens, mais c’est avant tout une question de moyens que l’on se donne en rapport à une vision que l’on a. J’ajouterai juste, comme le précisait Laurent Blanc l’an passé « qu’il faut savoir se donner les moyens de ses ambitions. » Le football ne se gère pas, il se vit et rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion. En football, et on le sait bien à Bordeaux pour avoir connu une époque dorée, c’est cette passion qui fait naître les ambitions et de ce fait, donne l’envie de se donner les moyens. Reste à savoir si la passion est plus intense auprès des supporters bordelais ou auprès de leurs dirigeants.

Je conclurai cette lettre par une citation (amateur de littérature, j’aime y puiser mes thèmes lorsque je rédige des articles alors je ne dérogerai pas à mes habitudes). Dans « L’évolution créatrice », Bergson écrivait : « Prévoir consiste à projeter dans l'avenir ce qu'on a perçu dans le passé ». C’est votre capacité de perception que je remets en doute aujourd’hui.

Un supporter passionné.

 

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